Aide, assistance et accompagnement versus assistanat : élargissons le débat

Publié le par Julien Freyburger

La discussion suscitée par les déclarations de Laurent Wauquiez, brillant ministre des affaires européennes, sur le plafonnement des aides sociales et sur une contrepartie, même modique, au versement du revenu de solidarité active (RSA), a certes le mérite de placer ce sujet au coeur du débat public. Cette question intéresse et mobilise une partie significative de la population française qui "se lève tôt", pour reprendre l'expression aujourd'hui consacrée.

 

Ce préalable posé, il apparaît pourtant que si des évolutions sont certainement à envisager, cette prise de position n'intervient pas dans les meilleures conditions : d'une part, elle donne l'impression qu'une personnalité de premier plan de la majorité semble "se concentrer" sur nos concitoyens les plus modestes (ce qui n'est pas le cas) et, d'autre part, une absence de concertation gouvernementale en amont n'est jamais souhaitable si l'on veut préserver la cohérence de l'action de la majorité présidentielle.

 

Chacun en convient, la création du RSA, acte politique courageux, a été motivée par la nécessité de remédier aux défauts du revenu minimum d'insertion (RMI) qui n'a jamais rempli réellement son office c'est-à-dire favoriser l'insertion de ses bénéficiaires. Cette réforme initiée par Martin Hirsch permet d'assurer un revenu minimum à chaque citoyen tout en encourageant une reprise d'activité. Il s'agit concrètement de garantir un niveau de revenus plus important aux personnes qui travaillent. C'est une avancée que personne ne conteste vraiment, quelle que soit la sensibilité politique.

 

Qu'une contrepartie de quelques heures d'investissement dans le sens de l'intérêt général soit proposée aux bénéficiaires du "RSA socle" est probablement une piste à étudier dont il faudra bien mesurer les effets, positifs ou non. Mais c'est une démarche bien plus large qui me semble devoir être initiée, fondée sur l'esprit de responsabilité. Exiger une contrepartie au versement d'une indemnité ou d'une prestation pourrait être la règle dans une société qui a érigé le contrat comme principale source de droit.

 

Plus précisément, le "donnant-donnant" ou, selon la notion juridique appropriée, le contrat synallagmatique (se dit d'un contrat qui comporte des obligations réciproques), devrait être la norme quand de l'argent public est versé à un bénéficiaire, en dehors des situations liées au handicap ou résultant de procédures juridictionnelles, entre autres exceptions. Le champ de la discussion s'en trouverait considérablement élargi puisque seraient ainsi concernées les différentes aides dont celles versées aux agents économiques, notamment les entreprises dans le cadre d'une implantation ou d'un dispositif spécifique.

 

Soyons honnêtes : de telles possibilités ont d'ores et déjà été explorées, en matière de rénovation urbaine ou de zone franche par exemple (les entreprises intervenant dans ce cadre se doivent de faire appel à des personnes domiciliées dans les quartiers concernés). Il y a toutefois fort à parier que ce thème éclairé par l'esprit de responsabilité et la logique du contrat pourrait conduire les pouvoirs publics à se montrer plus exigeants en matière d'utilisation d'argent public. Une avancée dont les effets seraient probablement perceptibles au-delà du cadre aujourd'hui envisagé.

Publié dans En France et Ailleurs

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celine 12/05/2011 19:46


je suis au chômage ce n'est pas pour autant que je me laisse aller!je suis membre de deux associations:l'une culturelle et l'autre caritative!
chômage ne veut pas forcément dire isolement ou assistanat!et puis si l'idée vient à être mise en place j'ai bien peur qu'il y ait de l'abus de la part de certains:si un chômeur peut venir
travailler gratuitement pour justifier le fait qu'il touche le RSA pourquoi embaucher quelqu'un??autant en profiter!et ça ne règlera pas le problème du travail au noir!
j'ai un peu l'impression qu'on essaie de culpabiliser les plus faibles et de monter les classes sociales les unes contre les autres...la campagne présidentielles de 2012 s'annonce féroce!!!


Julien Freyburger 16/05/2011 17:13



Merci de vos remarques qui appellent deux réflexions de ma part : tous les demandeurs d'emploi ne sont pas isolés, votre exemple en est l'illustration, mais beaucoup le sont et peuvent se
retrouver "déconnectés" à partir d'une certaine durée d'inactivité, ce qui n'est pas anormal; par ailleurs, je partage votre préoccupation, d'où "le sens de l'intérêt général" qui est incarné, à
mes yeux, par les personnes publiques. La campagne de 2012 doit être faite d'idées et de propositions et je pense qu'en matière de pistes de réflexion il ne faut rien s'interdire. Bien à vous.



Gennaro 12/05/2011 18:51


A talange, le CCAS a lancé avec l'aide du Conseil Général "le sport pour vaincre l'isolement", où des personnes très modestes, avec rsa, pouvait faire du sport pour rompre l'isolement. Aujourd'hui,
nous parlons de donner quelques heures pour tjrs rompre cet isolement. personnellement, l'idée ne me choque pas, à condition que cela apporte effectivement au travailleur temporaire un bénéfice :
re-trouver la joie de travailler en équipe, apprendre ou approfondir des connaissances, participer à l'embellissement d'une ville, d'un quartier... que sais-je, mais il faut que cela se fasse dans
le sens d'apporter une valeur ajoutée (non financière) au chômeur, au rsa-miste (on dit comme cela maintenant ?)....

PS pour julien : tes articles nous manquaient....


Julien Freyburger 16/05/2011 17:09



Merci Gennaro pour ton commentaire (que je partage) et ton post-scriptum (qui me touche) !



celine 12/05/2011 17:52


donc,les personnes bénéficiant du RSA devraient travailler 5h par mois pour se justifier ou s'excuser(?) de percevoir une aide de l'état?ne croyez vous pas qu'elles ont assez honte d'être au
chômage et sans ressources? il faudrait les rabaisser un peu plus? bien sûr qu'il y en a qui profitent du système mais dans l'ensemble ils ne sont qu'une minorité!


Julien Freyburger 12/05/2011 18:24



Tout à fait d'accord avec vous. L'idée ne consiste pas à "rabaisser" des personnes qui sont déjà très éprouvées. Ce serait parfaitement inacceptable. Mais il y a peut-être (?!) une piste à
creuser quant à une valorisation de la personne et de son savoir-faire pendant quelques heures par semaine ou par mois, ou sur la base d'un temps réduit choisi. Il s'agit aussi d'une manière de
rompre un isolement qui constitue aussi un obstacle à une réinsertion réussie. Le fait d'être seul et isolé est souvent mal vécu. Une incitation à rompre une telle situation peut engendrer des
effets bénéfiques partagés.